Notice sur l’église Sainte-Cécile d’Albi

Hippolyte Crozes
1841

À travers le mouvement qui agite l’époque actuelle, des hommes de cœur et de talent, ont ouvert à l’esprit français une noble carrière. Ils ont compris ce qu’avait de grand le culte des souvenirs ; tout ce que nos vieux monuments offraient de majestueux et de sublime. Les écrivains et les poètes, par un retour inattendu vers le moyen-âge, se plaisent à introduire dans leurs ouvrages, ou dans leurs fictions, des châteaux, des donjons, des temples gothiques, tant ont de charme les traditions qui se rattachent à la religion ou à la gloire de la patrie ! L’histoire ne se borne plus à reproduire des Chroniques, souvent mensongères ; elle veut remonter aux sources, et trouver la preuve des faits dans les traces ineffaçables que les siècles ont laissées sur leur passage. On parcourt des yeux les murs des vieux édifices, pour y découvrir des inscriptions, pour y déchiffrer des légendes : les manuscrits qui peuvent éclairer leur origine ou marquer les phases de leurs embellissements successifs sont recherchés et scrutés avec avidité ; chaque pays s’empresse de produire ses propres richesses, chaque province fait valoir ses titres religieux et nationaux.

EPUB
MOBI

Publicités

Les Portugais en France, les Français en Portugal

Roland Francisque-Michel.
1882

Comme l’Écosse, le Portugal, depuis le XIIe siècle, ayant servi de contrefort à la France, sans cesse menacée au nord par l’Angleterre, au midi par l’Espagne, mérite d’être connu plus complètement qu’il ne l’est par les ouvrages énumérés dans la Bibliothèque historique de José Carlo Pinto de Sousa, et par ceux de Schmauss, Gebauer et Schæfer, qui est supérieur à ses devanciers. Chez nous, les histoires de Portugal ne manquent pas, depuis celles de La Clède, de Lequien de la Neuville et de Vertot jusqu’au résumé d’Alphonse Rabbe et à celui d’Auguste Bouchot ; mais les détails des relations sociales, intellectuelles et commerciales de la France avec ce pays lointain sont encore à connaître. Que sait-on également de ce qui concerne la colonie portugaise établie sur divers points de notre territoire, si ce n’est des écoles de Paris et de Bordeaux, dont elle fit des foyers de lumières ? MM. Jules Quicherat et Ernest Gaullieur ont reconstitué d’une façon magistrale ce côté de nos annales internationales ; mais il en est d’autres qui ne sont pas moins dignes d’attention, et nous n’avons rien négligé pour les éclairer.

EPUB
MOBI

Deux romanciers de Provence : Honoré d’Urfé et Émile Zola

Edmond Rostand.
1887

Il semble que nulle part le Roman ne doive être plus en faveur qu’au pays de l’imagination toute-puissante, en cette Provence amoureuse de l’Amour (c’est chez elle qu’il a tenu des cours célèbres), et qui aime tout ce qui en parle, où jadis, dans les manoirs seigneuriaux, on attendait impatiemment la venue, chaque nouvel an, avec la saison des violettes, du troubadour, ce romancier voyageur…

EPUB
MOBI

Légendes et récits populaires du Pays Basque

Jean-François Cerquand.
1875

Lorsqu’un conteur basque a lieu de craindre que ses récits n’aient pas produit sur ses auditeurs l’effet attendu, il trouve, pour s’excuser, une pasquinade telle que celle-ci :

« Il y avait, une fois, un corbeau noir, très-noir ;

« De ce corbeau une aile était plus longue que l’autre ;

« Si l’aile courte avait été aussi longue que l’autre, cette histoire aurait été plus longue et plus intéressante. »

EPUB
MOBI

La vigne et le vin

Roger Marselt.
1893.

Il n’est pas de pays au monde qui produise autant de vin que la France. Le vignoble français avant l’invasion du phylloxéra, a donné, dans les bonnes années, jusqu’à 75 et même 80 millions d’hectolitres. Ce petit puceron, cet insecte à peine visible au microscope, cet infiniment petit, qui se multiplie dans des proportions infiniment grandes, a failli nous faire perdre ce premier rang.

Dès l’invasion phylloxérique en France, les pays étrangers, prévoyant qu’il y avait, vu le mal qui nous frappait, possibilité de s’emparer des marchés étrangers à leur bénéfice, firent des plantations nombreuses. Partout, en Italie, en Espagne, en Hongrie, en Dalmatie, des vignobles immenses surgirent, dont l’importante production vint faire, même sur les marchés français, une concurrence désastreuse a nos vins nationaux. Pendant plus de dix ans, l’Espagne ne nous a-t-elle pas, en effet, inondés de ses produits ? La grande fécondité vinicole de son sol, le bon marché de sa main d’œuvre, la valeur moindre des terrains, la faiblesse des impôts, et, il faut bien le dire aussi, les facilités au point de vue douanier de l’introduction des vins espagnols en France, ont fait de cette dernière la tributaire de l’Espagne.

Il n’y avait d’ailleurs guère moyen de faire autrement. Notre production vinicole tombait à 28 millions d’hectolitres de 1884 à 1889. Si nous défalquons de cette quantité 3 millions d’hectolitres de nos grands crûs réclamés par l’exportation et 7 ou 8 millions d’hectolitres nécessaires à la fabrication de l’alcool, nous constatons que pendant ces cinq années, de 1881 à 1889, la production des vins français courants ne s’élève pas à plus de 17 à 18 millions d’hectolitres. Il fallait bien tirer de l’étranger le complément indispensable à la consommation française qui s’élève à près de 35 millions d’hectolitres.

Hâtons-nous de le dire, pourtant ; malgré les ravages du phylloxéra, malgré les maladies cryptogamiques nombreuses qui sont venues l’assaillir, notre vignoble est encore le plus grand, puisqu’il comprend aujourd’hui près de 2 millions d’hectares. La concurrence étrangère n’a donc rien qui puisse nous effrayer pour l’avenir.

EPUB
MOBI

Capitaine Paul

Alexandre Dumas.
1856.

Vers la fin d’une belle soirée du mois d’octobre de l’année 1779, les curieux de la petite ville de Port-Louis étaient rassemblés sur la pointe de terre qui fait pendant à celle où, sur l’autre rive du golfe, est bâti Lorient. L’objet qui attirait leur attention et servait de texte à leurs discours était une noble et belle frégate de 32 canons, à l’ancre depuis huit jours, non pas dans le port, mais dans une petite anse de la rade, et qu’on avait trouvée là un matin, comme une fleur de l’Océan éclose pendant la nuit. Cette frégate, qui paraissait tenir la mer pour la première fois, tant elle semblait coquette et élégante, était entrée dans le golfe sous le pavillon français dont le vent déployait les plis, et dont les trois fleurs de lis d’or brillaient aux derniers rayons du soleil couchant. Ce qui paraissait surtout exciter la curiosité des amateurs de ce spectacle, si fréquent et cependant toujours si nouveau dans un port de mer, c’était le doute où chacun était du pays où avait été construit ce merveilleux navire, qui, dépouillé de toutes ses voiles serrées autour des vergues, dessinait sur l’occident lumineux la silhouette gracieuse de sa carène, et l’élégante finesse de ses agrès.

EPUB
MOBI

Petite grammaire du patois picard

Alcius Ledieu.
1909.

Pour la monographie de mon bourg natal, à laquelle je consacre, depuis plus de trente ans, mes courts instants de loisir, je devais faire une part assez large à l’idiome qui fut ma langue maternelle.

Cette partie de mon œuvre n’était point la moins ardue.

À chaque instant, je me heurtais à des difficultés de tout genre, parce que le picard, de même que tous les patois, « n’a pas d’écrivains qui le fixent, dans le sens où l’on dit que les bons auteurs fixent une langue », suivant la judicieuse remarque de Littré.

C’est qu’en effet, depuis le quatorzième et le quinzième siècle, le patois picard, si florissant jusque-là, n’a plus été cultivé ni écrit. Ce n’est point, cependant, que les productions modernes et contemporaines en patois picard ne soient abondantes et variées ; c’est leur multiplicité même qui nous vaut la confusion orthographique que, dès 1834, Ch. Nodier trouvait pire que celle des ouvriers de la tour de Babel.

EPUB
MOBI

Le Patois picard et Lafleur

H. Daussy.
1877.

Messieurs et surtout Mesdames,

Il faut que je commence par vous demander pardon de la liberté, trop grande peut-être, que je vais prendre, de vous parler dans une séance académique, et solennelle, mon Dieu oui, de vous parler Picard. Le moindre de mes torts, en ce faisant, est de m’exposer à n’être pas compris d’un assez grand nombre de mes auditeurs. C’est précisément mon excuse, c’est la cause déterminante du choix de mon sujet. Aujourd’hui j’ai encore la chance de pouvoir être entendu de quelques-uns ; encore un peu de temps, et je ne serais plus compris de personne. Le Picard se meurt ; il est mort, ou peu s’en faut, et dans tous les cas n’en vaut guère mieux. Depuis longtemps tombé à l’état de patois, il succombe aujourd’hui sous l’expansion de la civilisation moderne ; il va disparaître définitivement. N’est-ce pas le moment de lui dire adieu ?

EPUB
MOBI

Au bagne

Albert Londres.
1932.

Quand ce matin, le Biskra maintenant promu au rang de paquebot annexe dans la mer des Antilles et qui, naguère, transportait des moutons d’Alger à Marseille, eut jeté l’ancre devant Port-d’Espagne, les passagers de tous crins et de toutes couleurs, chinois, créoles, blancs, indiens, entendirent ou auraient pu entendre le commandant Maguero crier de sa passerelle : « Non ! Non ! je n’ai ni barre, ni menottes, ni armes, je n’en veux pas ! »

En bas, sur la mer, onze hommes blancs et deux policiers noirs attendaient, dans une barque. C’était onze Français, onze forçats évadés, repris, et qu’on voulait rembarquer pour la Guyane.

Le soleil et la fatalité pesaient sur leurs épaules. Ils regardaient le Biskra avec des yeux remplis de tragique impuissance. Puis, se désintéressant de leur sort, de la discussion et du monde entier, ils courbèrent la tête sur leurs genoux, se laissant ballotter par le flot.

Les autorités anglaises de Trinidad insistant pour se débarrasser de cette cargaison, on vit arriver peu après un canot qui portait le consul de France.

— La prison de Port-d’Espagne n’en veut plus, et moi je ne puis pourtant pas les adopter, gardez-les, commandant, fit le consul.

Il fut entendu que les Anglais prêteraient onze menottes et que trois surveillants militaires rentrant de congé et qui regagnaient le bagne dans les profondeurs du Biskra seraient réquisitionnés et reprendraient sur-le-champ leur métier de garde-chiourme.

Alors, le commandant cria aux deux policiers noirs :

— Faites monter !

Les onze bagnards ramassèrent de misérables besaces et, un par un, jambes grêles, gravirent la coupée.

EPUB
MOBI

Les Aïssâoua à Tlemcen

Edmond Doutte
1900
Tout le monde connaît aujourd’hui, au moins de nom, les Aïssâoua. Il n’est point de touriste qui, ayant visité l’Algérie ou la Tunisie, n’ait assisté à leurs étranges exercices. On a moins souvent occasion de voir les processions qu’ils font en corps à diverses occasions et qui sont bien un des spectacles les plus impressionnants auxquels on puisse assister.
EPUB
MOBI