Contes des bords du Rhin

Erckmann-Chatrian
1862

Tout au bout du village de Dosenheim, en Alsace, à cinquante pas au-dessus du sentier sablonneux qui mène au bois, s’élève une jolie maisonnette entourée d’arbres fruitiers, la toiture plate chargée de grosses pierres, le pignon sur la vallée.

Quelques volées de pigeons tourbillonnent autour, des poules se promènent le long des haies, un coq se perche sur le petit mur de son jardin et sonne le réveil ou la retraite dans les échos du Falberg ; un escalier à rampe de bois, où pend la lessive, monte au premier étage, et deux rameaux de vigne grimpent à la façade et vont s’épanouir jusque sous le toit.

Si vous gravissez l’escalier, vous découvrez, au fond de la petite allée, la cuisine avec ses plats fleuronnés, ses soupières rebondies ; si vous ouvrez la porte à droite, vous entrez clans la grande salle aux vieux meubles de chêne, au plafond rayé de poutres brunes, à l’antique horloge de Nuremberg qui bat la cadence.

 

Myrtille

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Lettre d’un électeur à son député

Erckmann-Chatrian
1873

Monsieur le député,

Je m’appelle Jacques Briot ; c’est moi qui tiens à ferme les biens de M. Novion, près de Passavant, et je suis un des trente-cinq mille six cent quarante-trois électeurs qui vous ont envoyé à Bordeaux, le 8 février 1871, pour arranger notre affaire avec Bismark.

C’était une vilaine affaire, surtout après l’occupation des forts de Paris par les Allemands, car ils pouvaient marcher alors sur toute la France, sans avoir rien à craindre derrière eux.

Nous avons pensé, dans ce temps-là, qu’il nous fallait des gens habiles et principalement d’honnêtes gens, car les coquins finissent toujours mal ; au lieu d’arranger les affaires, ils les embrouillent pour pêcher en eau trouble, et tôt ou tard on se repent de leur avoir accordé sa confiance.

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L’ami Fritz

Erckmann-Chatrian
1864

Lorsque Zacharias Kobus, juge de paix à Hunebourg, mourut en 1832, son fils Fritz Kobus, se voyant à la tête d’une belle maison sur la place des Acacias, d’une bonne ferme dans la vallée de Meisenthâl, et de pas mal d’écus placés sur solides hypothèques, essuya ses larmes, et se dit avec l’Ecclésiaste : « Vanité des vanités, tout est vanité ! Quel avantage a l’homme des travaux qu’il fait sur la terre ? Une génération passe et l’autre vient ; le soleil se lève et se couche aujourd’hui comme hier ; le vent souffle au nord, puis il souffle au midi ; les fleuves vont à la mer, et la mer n’en est pas remplie ; toutes choses travaillent plus que l’homme ne saurait dire ; l’œil n’est jamais rassasié de voir, ni l’oreille d’entendre ; on oublie les choses passées, on oubliera celles qui viennent : — le mieux est de ne rien faire… pour n’avoir rien à se reprocher ! »

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