Notes de voyage dans l’Amérique du sud

Georges Clemenceau.
1911

Je jouis heureusement du grand avantage de n’avoir rien découvert. Et comme j’ai moins l’ambition d’étonner mes contemporains que de leur suggérer simplement des réflexions au passage, peut-être éviterai-je de froisser cette espèce redoutable de savants qui, ayant des doctrines sur toutes choses, ont tout vu de leur cabinet. Que les statisticiens se détournent de moi ! Je n’enrichirai par leur littérature. Ne me trouvant tenté d’aucune théorie, je ne saurais céder à quelque propension d’accommoder les faits selon les besoins d’une idée préconçue. Par la grâce de mes ignorances, mon bagage ne s’embarrasse d’aucune démonstration préalablement établie. Et s’il est vrai, comme le dit Voltaire, que la plus fâcheuse inconnaissance soit celle du critique, je confesserai sans peine que ma critique générale des vieilles civilisations me porte à l’indulgence envers ceux qui essaient, loin de l’Europe, de s’engager en d’autres voies.

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Le chemin de Buenos-Aires : la Traite des blanches

Albert Londres.
1927.

Et je m’assis à la terrasse, chez Batifol.

Batifol est un bar, faubourg Saint-Denis.

Si je n’avais eu rendez-vous, j’aurais pu m’attabler n’importe où dans ce quartier, et ç’eût été aussi bien pour la chose qui m’intéressait.

Mais j’attendais Jacquot. Jacquot était le frère de Nono. C’était Armand qui me les avait présentés.

Jacquot, Nono, Armand sont des hommes du milieu.

Jacquot arriva. Il avait mis un faux col :

— Cela ne vous gêne pas de traverser la rue ? J’ai un regard à jeter à la Madelon.

C’était un bal musette tenu par des Auvergnats. Jacquot voulait voir si sa femme se permettait de danser au lieu de travailler sur les boulevards.

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