Lis Aupiho

Marius Girard.
1877.

A moun Paire

L’architèite Girard, mort lou 18 de janvié 1875

O paire, es dounc verai ! à l’oumbro de ta crous,
Dins la niue frejo e fousco,
Pecaire, sies jasènt, e dormes benurous
Coume lou lioun rous
Dor à l’oumbro di tousco.

O, coume lou lioun, noublamen, fieramen,
Alin, quand lou jour toumbo,
S’alongo sus lou flanc, — fin-qu’au darrié moumen
As courajousamen
Fissa la negro toumbo.

Repauso dins la pas !… Toun noble cor d’elèi
N’a ’issuga de tant duro
Que, trafiga, saunous, coume gens d’autre l’èi,
(Es la coumuno lèi)
Mor de si blessaduro.

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À mon père

L’architecte girard, mort le 18 janvier 1875…

Ô père, c’est donc vrai ! à l’ombre de ta croix, dans la nuit froide et sombre, hélas ! tu es gisant, et tu dors bienheureux, comme le lion fauve dort à l’ombre des taillis.

Oui, comme le lion, noblement, fièrement, là bas quand le jour tombe, s’allonge sur le flanc, jusqu’à ton dernier souffle, tu as courageusement fixé le noir tombeau.

Repose dans la paix !… Ton noble cœur d’élite, a essuyé de telles déceptions, que, percé, saignant, comme aucun autre ne l’est — c’est la commune loi — meurt de ses blessures.

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Lou sermou deu Curè de Bideren

Anonyme.
1873.

Quin chagri, quin crèbe-coo n’èy pas you, lous mes frays, en bedent las mies oülhes entecades d’u taa gran mau ! You qu’èy bèt ha brouni la paraule de Diu ; en baganaut que m’esganurri enta-p coo transi ; toutz qu’ètz insensibles… Bous autz, gouyatz, qu’habetz lou coo de metau, et bous autes, gouyates, que l’habetz…, de que diseri dounc you ?… Grand Dieu, inspirez-moi ! Que l’habetz d’os de prexec, c’est tout dire ; — si os desiderat, dit saint Augustin, dic illi exemplo Domini : tace. Mes bous autz, autalèu coum pe prut !… Detire, gratère au diable ! You nou sèy quin houniment, quin exami d’abelhes ha jamey poudut passa per aci… Bouletz pourtant, bous autz, sabe so qui a you m’ha hèyt puya sus aqueste cadière de bertat ?… Pecat de subercèu, pecat punit dens las granes cautères de l’ihèr !… Voilà deux réflexions que je vous présente, réflexions qui doivent nous tenir tous, prédicateur et auditeurs, dans un continuel frémissement : la cautère qu’ey grane, que-n y ha u gahot ta cadu…

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Capitaine Paul

Alexandre Dumas.
1856.

Vers la fin d’une belle soirée du mois d’octobre de l’année 1779, les curieux de la petite ville de Port-Louis étaient rassemblés sur la pointe de terre qui fait pendant à celle où, sur l’autre rive du golfe, est bâti Lorient. L’objet qui attirait leur attention et servait de texte à leurs discours était une noble et belle frégate de 32 canons, à l’ancre depuis huit jours, non pas dans le port, mais dans une petite anse de la rade, et qu’on avait trouvée là un matin, comme une fleur de l’Océan éclose pendant la nuit. Cette frégate, qui paraissait tenir la mer pour la première fois, tant elle semblait coquette et élégante, était entrée dans le golfe sous le pavillon français dont le vent déployait les plis, et dont les trois fleurs de lis d’or brillaient aux derniers rayons du soleil couchant. Ce qui paraissait surtout exciter la curiosité des amateurs de ce spectacle, si fréquent et cependant toujours si nouveau dans un port de mer, c’était le doute où chacun était du pays où avait été construit ce merveilleux navire, qui, dépouillé de toutes ses voiles serrées autour des vergues, dessinait sur l’occident lumineux la silhouette gracieuse de sa carène, et l’élégante finesse de ses agrès.

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Édith de Falsen

Ernest Legouvé
1840

Je me trouvais, il y a quelques années, chez un vieil ami de ma famille, dans un village des Pyrénées dont il était maire. Un soir après le souper, l’entretien tomba sur la poésie, les voyages ; et je lui parlai de mon désir de voir l’Allemagne et l’Orient.

— Pourquoi ce désir ? me répondit-il. Est-ce curiosité ou amour du mouvement, ou besoin d’instruction ?

— C’est tout cela ensemble, et aussi l’espoir de trouver sous un autre ciel des images nouvelles pour la poésie, et de découvrir dans des mœurs inconnues le sujet d’un livre qui puisse rester.

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Cruels effets de l’infidélité

Victor Tremblay, Joseph V***
1853

Les vrais amis sont si rares, qu’on éprouve une certaine satisfaction à se rappeler ceux qui nous ont donné des marques d’un sincère attachement. Tel était celui dont nous allons parler, et que nous avons eu la douleur de voir mourir par suite d’un profond chagrin.
 
Joseph V***, fils d’un fabricant d’éventails d’Andeville, près de Méru, après avoir fait d’excellentes études au collège de Senlis, où il avait été placé en 1788 par les soins du digne et respectable évêque Mgr de Rocquelaure, prit goût pour l’art de l’imprimerie, et entra en 1794, en qualité d’apprenti compositeur, chez M. Tremblay, où bientôt il fit de rapides progrès. Il quitta Senlis en 1799.

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Les amours d’une empoisonneuse

Émile Gaboriau
1881

C’était le mercredi 15 novembre de l’an de grâce 1665. Ce soir-là, il y avait petit souper et grande compagnie, rue Vieille-du-Temple, chez La Vienne, le baigneur à la mode, l’étuviste en renom, le barbier du monde élégant.
 
Les Parisiens du temps présent, qui s’imaginent avoir atteint jusqu’aux dernières limites de la civilisation et du confort, parce qu’ils ont créé des « tavernes » et certains autres docks de la galanterie à bon marché, auront sans doute besoin que nous leur expliquions ce que l’on entendait par barbier, par étuviste et par baigneur, dans la première moitié du règne de Louis XIV.

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Contes des bords du Rhin

Erckmann-Chatrian
1862

Tout au bout du village de Dosenheim, en Alsace, à cinquante pas au-dessus du sentier sablonneux qui mène au bois, s’élève une jolie maisonnette entourée d’arbres fruitiers, la toiture plate chargée de grosses pierres, le pignon sur la vallée.

Quelques volées de pigeons tourbillonnent autour, des poules se promènent le long des haies, un coq se perche sur le petit mur de son jardin et sonne le réveil ou la retraite dans les échos du Falberg ; un escalier à rampe de bois, où pend la lessive, monte au premier étage, et deux rameaux de vigne grimpent à la façade et vont s’épanouir jusque sous le toit.

Si vous gravissez l’escalier, vous découvrez, au fond de la petite allée, la cuisine avec ses plats fleuronnés, ses soupières rebondies ; si vous ouvrez la porte à droite, vous entrez clans la grande salle aux vieux meubles de chêne, au plafond rayé de poutres brunes, à l’antique horloge de Nuremberg qui bat la cadence.

 

Myrtille

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Lettre d’un électeur à son député

Erckmann-Chatrian
1873

Monsieur le député,

Je m’appelle Jacques Briot ; c’est moi qui tiens à ferme les biens de M. Novion, près de Passavant, et je suis un des trente-cinq mille six cent quarante-trois électeurs qui vous ont envoyé à Bordeaux, le 8 février 1871, pour arranger notre affaire avec Bismark.

C’était une vilaine affaire, surtout après l’occupation des forts de Paris par les Allemands, car ils pouvaient marcher alors sur toute la France, sans avoir rien à craindre derrière eux.

Nous avons pensé, dans ce temps-là, qu’il nous fallait des gens habiles et principalement d’honnêtes gens, car les coquins finissent toujours mal ; au lieu d’arranger les affaires, ils les embrouillent pour pêcher en eau trouble, et tôt ou tard on se repent de leur avoir accordé sa confiance.

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L’ami Fritz

Erckmann-Chatrian
1864

Lorsque Zacharias Kobus, juge de paix à Hunebourg, mourut en 1832, son fils Fritz Kobus, se voyant à la tête d’une belle maison sur la place des Acacias, d’une bonne ferme dans la vallée de Meisenthâl, et de pas mal d’écus placés sur solides hypothèques, essuya ses larmes, et se dit avec l’Ecclésiaste : « Vanité des vanités, tout est vanité ! Quel avantage a l’homme des travaux qu’il fait sur la terre ? Une génération passe et l’autre vient ; le soleil se lève et se couche aujourd’hui comme hier ; le vent souffle au nord, puis il souffle au midi ; les fleuves vont à la mer, et la mer n’en est pas remplie ; toutes choses travaillent plus que l’homme ne saurait dire ; l’œil n’est jamais rassasié de voir, ni l’oreille d’entendre ; on oublie les choses passées, on oubliera celles qui viennent : — le mieux est de ne rien faire… pour n’avoir rien à se reprocher ! »

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L’enfer et le paradis de l’autre monde

Émile Chevalier
1866

Il y a quelques mois, j’habitais une petite ville bourguignonne, renommée pour ses usines métallurgiques. Un jour, il m’arriva, d’assister à une réunion chez des forgerons, qui témoignèrent l’intention d’émigrer au Canada, parce qu’on y parle la langue française. Connaissant, par un séjour de plusieurs années, le pays où ces braves gens voulaient aller, je combattis leur projet.

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