La vigne et le vin

Roger Marselt.
1893.

Il n’est pas de pays au monde qui produise autant de vin que la France. Le vignoble français avant l’invasion du phylloxéra, a donné, dans les bonnes années, jusqu’à 75 et même 80 millions d’hectolitres. Ce petit puceron, cet insecte à peine visible au microscope, cet infiniment petit, qui se multiplie dans des proportions infiniment grandes, a failli nous faire perdre ce premier rang.

Dès l’invasion phylloxérique en France, les pays étrangers, prévoyant qu’il y avait, vu le mal qui nous frappait, possibilité de s’emparer des marchés étrangers à leur bénéfice, firent des plantations nombreuses. Partout, en Italie, en Espagne, en Hongrie, en Dalmatie, des vignobles immenses surgirent, dont l’importante production vint faire, même sur les marchés français, une concurrence désastreuse a nos vins nationaux. Pendant plus de dix ans, l’Espagne ne nous a-t-elle pas, en effet, inondés de ses produits ? La grande fécondité vinicole de son sol, le bon marché de sa main d’œuvre, la valeur moindre des terrains, la faiblesse des impôts, et, il faut bien le dire aussi, les facilités au point de vue douanier de l’introduction des vins espagnols en France, ont fait de cette dernière la tributaire de l’Espagne.

Il n’y avait d’ailleurs guère moyen de faire autrement. Notre production vinicole tombait à 28 millions d’hectolitres de 1884 à 1889. Si nous défalquons de cette quantité 3 millions d’hectolitres de nos grands crûs réclamés par l’exportation et 7 ou 8 millions d’hectolitres nécessaires à la fabrication de l’alcool, nous constatons que pendant ces cinq années, de 1881 à 1889, la production des vins français courants ne s’élève pas à plus de 17 à 18 millions d’hectolitres. Il fallait bien tirer de l’étranger le complément indispensable à la consommation française qui s’élève à près de 35 millions d’hectolitres.

Hâtons-nous de le dire, pourtant ; malgré les ravages du phylloxéra, malgré les maladies cryptogamiques nombreuses qui sont venues l’assaillir, notre vignoble est encore le plus grand, puisqu’il comprend aujourd’hui près de 2 millions d’hectares. La concurrence étrangère n’a donc rien qui puisse nous effrayer pour l’avenir.

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